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AXE CS²: CULTURES SPORTIVES ET CATÉGORISATIONS SOCIALES

L’équipe de l’axe  CS² travaille autour de deux thèmes de recherche.

Anaïs Bohuon, Pia Henaff-Pineau, Claude Kemo-Keimbou, Florys Castan-Vicente

Ce thème de recherche envisage les pratiques physiques et sportives comme analyseur(s) des transformations et évolutions sociales, culturelles et politiques dans une perspective sociologique et socio-historique. Il envisage parallèlement les activités physiques et sportives comme des formes culturelles originales, dont il s’agit d’analyser la structuration institutionnelle, les espaces et les temporalités dans lesquels ces formes se déploient (espace du loisir, du haut niveau, espace scolaire, variables selon les époques), les modalités de pratiques par lesquelles des pratiquant·e·s pluriel·le·s les expriment, ainsi que les enjeux sociétaux tels la santé, l’éducation, le genre, la performance, etc. qu’elles véhiculent. C’est pourquoi ce thème répond tout particulièrement à la diversité des formations Masters portées par la Faculté des Sciences du Sport.

En définitive, le sport comme marqueur d’une modernité, permet d’analyser la société au sens global, mais il permet également des analyses plus fines, plus approfondies, du local à l’international, autour de ses différentes formes et institutions.

Il s’agit donc de développer une perspective de recherche qui permet de mettre en évidence, simultanément, les transformations et évolutions sociales révélées et favorisées par le sport, ainsi que les transformations du sport engendrées par des évolutions sociales.

Cette double lecture, dépassant la classique opposition micro-macro qui ne suffit pas à rendre compte de la complexité des phénomènes sociaux et des façons de les appréhender, implique 2 approches de recherche qui se complètent.

1. Les  pratiques physiques et sportives comme analyseurs des rapports sociaux, reflètent et/ou même créent dans ces travaux, des représentations, des catégorisations sportives qui naissent et prennent sens dans un contexte social, imbriquées dans des rapports sociaux (de  classe, de genre, d’âge, socio-ethniques, etc.), liés aux contextes au sein desquels elles sont générées, maintenues et légitimées (Bohuon, 2012). Ces classifications, en tant que résultats mais aussi comme processus, vont constituer des enjeux (santé, éducation, genre, performance…) de luttes sociales autour de la définition de leurs frontières, des positions respectives de celles-ci et de la place des individus en leur sein (Bohuon, 2019Bohuon, 2016).Dans ce registre, Anaïs Bohuon a co-dirigé un second ouvrage collectif s’intitulant « Les liaisons dangereuses de la médecine et du sport » (Bohuon et Quin, 2015), afin d’entamer une plongée socio-historique au sein de la médecine du sport, au cours de la seconde moitié du 20ème siècle. Le but était de travailler à l’interface de la médecine et du sport pour en comprendre les relations, les influences réciproques et les dynamiques convergentes ou divergentes de définition. Les mêmes problématiques se retrouvent à travers l’analyse du rôle des médecins dans l’élaboration des normes d’activité physique pour les seniors (Henaff-Pineau, 2014), et/ou pour les femmes (Castan-Vicente, Bohuon, Henaff-Pineau, Chanavat, 2019) mais aussi pour les catégories sociales en lutte pour la définition des conduites corporelles légitimes (voir par exemple la thèse de doctorat de C. Granger, 2018 et Granger 2019).

Le recours à la sociohistoire des relations internationales prenant le sport comme analyseur des transformations sociales, culturelles et politiques des pays Africains (les travaux de Kemo-Keimbou) s’inscrit pleinement dans cette orientation scientifique ; cela a conduit à analyser  des relations entre les politiques sportives nationales et le système sportif international, insérées dans les problématiques de la mondialisation et à étudier des processus interactifs entre les États et les instances sportives internationales, comme le CIO et les fédérations sportives internationales (FSI)) (Charitas et Kemo-Keimbou, 2013)

L’analyse des acteurs qui portent ses enjeux présente alors une forte pertinence : aussi bien des individus (dirigeants sportifs, médecins, enseignants .…) que des institutions (le CIO, les CNO, les fédérations nationales, internationales, les états, le Tribunal Arbitral du Sport...) (Bohuon, 2015Cervin, Nicolas, Dufraisse, Bohuon et al. 2017Henaff-Pineau, 2012Henaff-Pineau, 2018Charitas et Kemo-Keimbou, 2013).

Cette analyse vient éclairer l’existence de rapports de force, le jeu de positions sociales et contribue à expliquer la consolidation des structures sociales et institutionnelles des activités physiques et sportives ou le rôle des APS dans certaines institutions. 

2. Dans le 2nd angle, les travaux de recherche partent de l’ADN de l’activité sportive (règles, codes…) (Hidri, Bohuon, 2014) et/ou de la diversité des modalités de pratique et des trajectoires sportives des pratiquants (Henaff-Pineau, 2014) pour aller jusqu’à une compréhension globale des enjeux socio-politiques qui les façonnent et qu’ils induisent. Ces analyses sur les activités physiques, les pratiques et les pratiquants sont situées à des échelles différentes (locale, régionale, nationale, internationale), dans des périodes, des contextes politiques différents. Par exemple, l’ambition d’analyser les logiques d’institutionnalisation des activités physiques et sportives, comme pratiques culturelles, implique les différentes composantes de celles-ci, dans des dynamiques nationales et internationales (Castan-Vicente et Bohuon, 2019).  De même sont questionnés le choix et le développement de pratiques et de lieux de pratique adaptés ou réservés à certains publics (les jeunes, les femmes, les seniors, les vulnérables, …(Henaff-Pineau, 2012et 2018). 

Dominique Charrier, Pia Henaff-Pineau

Ce thème de recherche appréhende les processus qui permettent aux pratiques, aux organisations et aux projets sportifs de devenir de véritables outils de développement économique et social des territoires. Une attention particulière est portée aux territoires « contraints », territoires urbains ou ruraux en difficultés n’ayant pas « d’avantages comparatifs » marquants. (Charrier et Jourdan, 2015Charrier et Jourdan, 2017).

Il s’agit de développer une analyse socio-économique des « dynamiques sportives locales » définies comme une « alchimie singulière articulant les spécificités techniques, sociales et culturelles des activités sportives et artistiques aux contextes locaux (population, histoire sportive, culture spécifique, etc.), aux configurations d’acteurs publics et associatifs (et relevant de secteurs différents) et aux volontés politiques déployées sur les territoires ». (Charrier et Jourdan, 2009Charrier et Jourdan, 2014) A partir de ce cadre conceptuel, trois thématiques sont privilégiées.

  • La première concerne l’impact économique et social des événements sportifs. Dans le prolongement des études menées depuis une vingtaine d’années et avec pour perspectives la préparation et l’organisation des JOP 2024,il s’agit d’analyser notamment, aux différents niveaux d’échelles, les conditions de l’acceptabilité sociale des grands événements sportifs par les habitants-électeurs-contribuables, les dynamiques locales qui président à la définition et à la mise en œuvre de programmes d’accompagnements et les modalités d’implication des acteurs locaux. (Charrier, 2016, Charrier et Jourdan, 2019 ; Charrier, Jourdan, Bourbillères, Djaballah et Parmantier, 2019).

 

  • La deuxième porte sur l’utilisation des activités sportives et artistiques à des fins d’éducation, de prévention, d’animation et d’insertion en « territoires contraints » et notamment dans les quartiers relevant de la politique de la Ville. Un dispositif de recherche est déployé depuis 2013 sur un type particulier de « territoires contraints » : les territoires occupés palestiniens. Il permet d’analyser notamment le « jeu des acteurs » internationaux et locaux, les conditions d’accès des femmes aux pratiques et à l’espace sportif public et les mobilités induites ainsi que l’influence des contraintes spatiales, sécuritaires et socio-culturelles sur les pratiques sportives. (Charrier, Parmantier et Jourdan, 2020).

 

  • La troisième concerne le développement des initiatives Sport-Santé impulsées par les politiques publiques de l’Etat et/ou des collectivités locales mais aussi par de nombreux acteurs locaux issus des secteurs du sport et/ou de la santé. Ce programme, engagé en 2019 (Charrier, Granger, Henaff-Pineau, Michel, Parmantier), prend appui sur deux recherches appliquées, réalisées en partenariat avec le conseil départemental de l’Essonne et avec la communauté d’agglomération de Paris-Saclay. Il vise en particulier à recenser et à décrire les initiatives, à analyser les obstacles et les leviers et les conditions de la synergie entre deux cultures professionnelles différentes.

Ces travaux, fondés sur une analyse comparée de situations contrastées, étudiées dans le cadre de recherches empiriques contractuelles ou doctorales, renvoient à deux hypothèses principales :

  1. La portée explicative des contextes locaux. Caractéristiques socio-démographiques des populations, histoires locales, mémoires des territoires, volontés politiques, etc. construisent partout des configurations d’acteurs spécifiques et des alchimies locales singulières… discréditant toute recherche de modèles ou de « bonnes pratiques » qu’il suffirait de repérer et de dupliquer.
  2. La spécificité des dynamiques locales en « territoires contraints ». Les différentes études empiriques réalisées montrent comment et pourquoi ces territoires peuvent aussi constituer des lieux d’adaptation, d’anticipation voire d’innovation sociale.

Contact

Anaïs Bohuon, Professeur

anais.bohuon@universite-paris-saclay.fr